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Le miel est certainement le dernier
aliment entièrement naturel encore à notre
disposition. Il devrait donc recueillir la grande
majorité des suffrages des consommateurs qui se
préoccupent de leur bien-être alimentaire.
Or, c'est loin d'être le cas. Le
miel, soumis à l'écrasante concurrence du
sucre industriel, est victime d'une surprenante
méconnaissance de la part du public et d'un ensemble
de préjugés qui, curieusement, le classent,
dans l'esprit de beaucoup, dans la catégorie des
produits "trafiqués".
Or - c'est là un étrange
paradoxe - il s'agit bien, comme nous le disions plus haut,
du dernier aliment entièrement naturel que nous
puissions consommer. C'est en effet un aliment qui, du
producteur - l'abeille - au consommateur - vous et moi - ne
subit AUCUN traitement, AUCUNE transformation, AUCUNE
adjonction. Le miel, en France tout du moins, est un produit
soumis à des contrôles sévères.
Tout ajout d'une substance étrangère
(colorant, arôme ou autres) - a fortiori de plusieurs
- le déclasserait ipso facto. Il ne serait plus
permis de le commercialiser sous le nom de miel. Le terme
"Miel" ne peut plus, dès lors, apparaître sur
l'étiquette commerciale. C'est pourquoi, en France,
tout miel du commerce est une substance naturelle.
Bien sûr, si ce miel est
chauffé, par exemple, il perdra la plupart de ses
propriétés thérapeutiques et
gustatives. En revanche, qu'il soit liquide ou dur, les
abeilles le consommeront avec autant de plaisir. Car, ne
l'oublions pas, le miel est avant tout la nourriture de
l'abeille et non celle des hommes. Pourtant, depuis la nuit
des temps, le miel fut longtemps pratiquement la seule
source de sucres à la disposition des êtres
humains, jusqu'à la culture systématique des
plantes sucrières - canne et betterave,
principalement.
Mais le miel est loin d'être le
seul produit de la ruche qui soit utile à l'homme.
Quels sont ces autres produits ? Gelée royale,
pollen, propolis, cire et venin, autant de substances
très différentes les unes des autres tant par
leur origine que par leur composition. Leurs
propriétés, leur destination et leurs
goûts sont également très variés.
Il y a les substances que l'abeille secrète
elle-même et celles qu'elle collecte sur les plantes
visitées.
Les substances physiologiques, tout
d'abord :
- La gelée royale
A la fois célèbre et mal connue. Elle est
sécrétée par les
ouvrières-nourrices dans leurs glandes
pharyngiennes. Cette substance est destinée
à l'alimentation de toutes les larves de la ruche
pendant quelques jours et à celle de la reine
pendant toute la durée de son existence.
Contrairement à ce que pensent la plupart des
gens, il ne s'agit absolument pas d'un miel de
qualité supérieure mais d'une substance
totalement différente. Sa composition est
extrêmement complexe et certains de ses composants,
encore mal déterminés, font l'objet de
recherches actives. Son goût très acide est
loin de valoir celui du miel ; c'est d'ailleurs pourquoi
on la propose souvent dans le commerce
mélangée au miel. La gelée royale,
contrairement à la légende qui lui sert de
cortège, ne possède aucun pouvoir
mystérieux. En revanche, elle est
incontestablement un remarquable aliment de soutien des
états asthéniques et convalescents. Elle
semble également réduire les états
dépressifs par ses qualités euphorisantes
et rééquilibrantes. En outre, des travaux
récents - facultés des sciences
d'Orléans, Francfort et Los Angeles - semblent
mettre en évidence le rôle antiviral de
certaines gelées royales provenant de butinages
sur pollen riches en bore et en silicium - pollens de
certaines bruyères et certains tournesols. En
effet, tels pollens butinés, telles gelées
royales sécrétées.
- La cire
Elle est produite par les glandes cirières des
ouvrières qui se trouvent sur certains anneaux de
leur abdomen. La cire est peut-être la mieux connue
de toutes ces substances. Dans la ruche, elle constitue
le matériau de base des rayons contenant le miel,
le pollen ou les larves. Utilisée brute, elle sert
aux artistes pour réaliser des moulages mais en
combinaison avec d'autres produits du commerce, elle
permet de confectionner des cirages, des encaustiques,
des cosmétiques et même des
pâtisseries - les cannelés de Bordeaux, par
exemple.
- Le venin
Produit par la glande à venin de l'abdomen,
près de l'aiguillon, son utilisation est avant
tout médicale. Il semblerait que le venin soit
recommandé dans le traitement des rhumatismes.
Les substances de collecte, à
présent :
- Le pollen.
Il est, bien sûr, récolté sur les
fleurs. Les abeilles en font de petites pelotes qu'elles
piquent dans un creux de leurs pattes postérieures
prévu à cet effet et qu'elles rapportent
à la ruche où il servira à fabriquer
le "pain d'abeilles", nourriture des larves. Le pollen
est, lui aussi, un remarquable aliment de
complément pour l'homme.
- La propolis
Il s'agit d'une sorte de mastic composé de
résines récoltées sur
différents bourgeons de peuplier, entre autres -
de cire et d'autres éléments en moindres
quantités. Les abeilles s'en servent pour
consolider leurs constructions, pour
rétrécir et donc protéger les
entrées de leur habitation, pour colmater des
fissures ou encore pour embaumer les petits animaux -
mulot, couleuvre, etc. - qui, après avoir
réussi à s'introduire dans la ruche, y ont
été tués mais que les abeilles n'ont
pas eu la force de ressortir. La propolis est un
très puissant antiseptique et, dit-on, un
antibiotique naturel.
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* *
Mais quel être vivant
élabore tous ces produits ? L'abeille, bien sûr
; mais encore ? Qu'est-ce, exactement, qu'une abeille ?
C'est un animal, incontestablement. Mais qui n'a rien
à voir avec les animaux que nous fréquentons
quotidiennement et que nous connaissons bien. A l'instar de
tous les animaux dits sociaux, l'abeille n'existe pas en
tant qu'individu. Elle n'a d'existence qu'en tant que membre
d'un groupe structuré, homogène et au sein
duquel notre abeille accomplit des tâches bien
définies. Tous les membres de la colonie sont
irrémédiablement interdépendants.
Si l'abeille A, à l'esprit
particulièrement aventureux, décidait soudain
de prendre son indépendance et de partir seule
chercher fortune de son côté, elle n'irait
sûrement pas loin. Ses congénères qui la
réchauffent la nuit et la reine qui lui donne des
ordres en permanence, lui manqueraient bientôt
cruellement. Elle ne saurait où loger, que manger,
quoi faire, bref, elle ne serait plus elle-même.
Certains chercheurs pensent que la
colonie d'abeilles est, en réalité, un
super-organisme. Chaque abeille - reine, ouvrière ou
mâle - ne serait qu'une cellule vivante de
l'organisme-colonie. Les comportements de chaque individu et
de la colonie répondraient en somme à ce que
certains ont baptisé "l'esprit de la ruche". Qui
détient la clé, qui tire les fils de cet
"esprit" ? Personne et chacun, sans doute. C'est là
le moindre des mystères de ce petit univers.
Cet univers, tel que nous le connaissons
généralement, se réduit à une
ruche en forme de petite maison, grouillant de vie et de
bourdonnement, et à un apiculteur engoncé dans
sa combinaison, protégé derrière son
voile. Mais cet univers est, en réalité, bien
plus complexe. Une colonie comprend, au plus fort de la
miellée, près de 80.000 abeilles et parfois
plus. Chaque classe d'âge y a un rôle
spécifique et la reine - en réalité, la
mère - dirige la colonie à l'aide d'ordres
olfactifs, principalement. Le travail le plus méconnu
de l'abeille, et peut-être le plus important pour
l'homme, n'est pas la fabrication de miel. C'est la
pollinisation. Sans le transport d'une fleur à
l'autre des pollens fécondants, les plantes devraient
s'en remettre au bon vouloir du vent. L'abeille, au cours de
son existence, par sa visite systématique de millions
de fleurs effectuera un labeur inestimable. Arboriculteurs
et maraîchers reconnaissent parfaitement ce rôle
essentiel pour leur production puisqu'ils passent des
accords avec des apiculteurs, contre monnaie sonnante et
trébuchante, pour que ces derniers installent des
ruches dans leurs champs ou vergers au moment des
floraisons. Le miel s'ajoute à la
rémunération de l'apiculteur. Vingt-cinq pour
cent des miels consommés proviennent de cette
pollinisation systématisée.
Crus, couleurs, textures
Le miel "toutes fleurs" (ou "mille
fleurs") est le résultat d'un mélange
réalisé à la source par les abeilles
elles-mêmes et non par l'apiculteur. Le miel
"monofloral" est obtenu grâce à la pratique de
la transhumance des ruches, de lieu de floraison en lieu de
floraison. L'autre grande catégorie est le miel
"monofloral" (ou "miel de cru"), un terme d'ailleurs
impropre puisque le butinage se fait également, pour
une part minoritaire, sur des floraisons voisines et
disparates. Les couleurs des miels, très diverses,
dépendent presque exclusivement de leurs origines
florales différentes.
D'une manière
générale, on peut dire que les miels clairs
sont doux tandis que les miels foncés sont plus
corsés avec, dans chaque catégorie, des
nuances et des degrés infinis. On peut affirmer qu'il
existe autant de miels que de ruches. Quant aux textures,
variées elles aussi, la règle est plus simple.
Au moment de l'extraction, tous les miels sont liquides. Ils
cristalliseront tous, plus ou moins rapidement, là
également selon leur origine botanique. Certains,
comme le miel d'acacia, resteront liquides très
longtemps, tandis que d'autres, comme le miel de colza,
cristallise dès après la récolte.
Là aussi, tous les degrés de cristallisation
se rencontrent selon les variétés. Il faut
noter que le miel cristallisé possède
exactement les mêmes propriétés
gustatives et thérapeutiques que le même miel
encore liquide.
On doit savoir, en outre, que le miel
s'extrait à froid et non à chaud, comme
certains le pensent. A chaud, la cire des cadres fondrait et
ne ferait que compliquer la tâche de l'apiculteur. En
hiver, il arrive que l'apiculteur nourrisse ses abeilles
mais il faut savoir que ce nourrissement est exceptionnel et
ne se produit que lorsque les réserves de la ruche
baissent dangereusement. L'apiculteur rend alors aux
abeilles une partie du miel qu'il leur a
prélevé au moment de la récolte.
Certains préfèrent leur donner du candi qui
est sucre industriel travaillé, ce qui n'est pas
souhaitable. Toutefois, il faut savoir qu'à
l'époque où ce type de nourrissement est
administré à certaines colonies, les hausses
qui contiennent la part de l'apiculteur ne sont pas encore
posées sur les ruches et par conséquent, le
miel récolté plus tard ne proviendrait pas de
la transformation de ces sucres industriels, mais bien de la
transformation du nectar des fleurs. D'ailleurs, outre le
fait que le miel aurait un aspect et un goût fort
différents, quel intérêt l'apiculteur
aurait-il à acheter du sucre pour le faire
transformer en miel par ses abeilles, alors que le nectar ne
lui coûtera rien ?
Les méfaits du miel : fait-il ou
ne fait-il pas grossir ? Le miel, contrairement au sucre
industriel constitué de 100% d'un sucre complexe, le
saccharose, contient majoritairement des sucres simples -
fructose et glucose, entre autres. Ces monosaccharides sont
aisément assimilés par l'organisme. De plus,
pris en quantités raisonnables, le miel ne fait pas
plus grossir que n'importe quel autre aliment.
L'apiculteur serait-il un exploiteur sans
scrupules ? Il faut savoir que les abeilles possèdent
l'instinct d'accumulation. Tant que les fleurs donnent du
nectar et tant qu'il y a de la place dans la ruche, les
abeilles vont engranger du miel. L'apiculteur ne fera que
prélever le surplus de la récolte et ne
lèsera donc pas les abeilles.
Il faut rappeler que le miel ne coule pas
d'un robinet installé au bas de la ruche. Pour
arriver dans un pot de miel, brillant, savoureux, il aura
fallu tout le travail ardu et attentif de l'apiculteur. En
effet, ce n'est pas une mince affaire que de
maîtriser, dans un seul rucher, quelques millions
d'abeilles, le plus souvent douces, mais parfois fort
susceptibles. Son travail ne se borne pas à quelques
visites, de loin en loin, au rucher. Il lui faudra veiller
au bon état sanitaire de ses ruches,
sélectionner des souches prolifiques, travailleuses,
nettoyeuses, douces, etc. Il procèdera donc à
l'élevage des reines-mères de son cheptel. Ce
sont, en effet, les reines qui détermineront et
communiqueront défauts ou qualités à
leurs ouvrières. La récolte représente
bien sûr le gros du travail mais l'hivernage ne met
pas un terme à l'ouvrage. Il faudra profiter de la
saison froide pour construire ou réparer le
matériel qui devra resservir dès les premiers
beaux jours.
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